Ma vie en pixels
Une histoire de passion.
Avant les écrans
Franchement, si je repense à tout ça aujourd'hui, je me dis que ma passion ne s'est pas construite en un jour. Elle s'est façonnée petit à petit, sans que je m'en rende vraiment compte.
Je me revois encore gamin, avec ce petit objet rouge entre les mains. Pas d'écran, pas de graphismes — juste des lumières qui s'allumaient et s'éteignaient.
C'était Merlin.
À l'époque, je ne savais même pas que c'était un « jeu électronique ». Pour moi, c'était simplement fascinant. Je pouvais rester là, sans bouger, complètement absorbé, à essayer de comprendre le fonctionnement, à reproduire les séquences.
Avec le recul, je me dis que ce n'était pas juste un jouet — c'était déjà le début de quelque chose. Une envie profonde de comprendre comment les choses marchaient.
C'est là que tout a commencé.
La débrouille
Dans les années 80, j'ai commencé à vraiment vouloir une console. Pas comme celles d'aujourd'hui — une console avec des pixels, des formes simples, où on te disait que c'était un personnage et où tu devais imaginer tout le reste.
J'ai vraiment embêté ma mère avec ça. Et un jour, à Noël, j'ai eu la chance d'en avoir une : l'Atari 2600.
Mais il y avait un problème. Un vrai. Je n'avais pas de télévision qui fonctionnait.
Alors, au lieu de laisser tomber, j'ai récupéré une vieille télévision que des voisins jetaient parce qu'elle ne s'allumait plus. Je l'ai ouverte, sans vraiment savoir ce que je faisais. J'ai regardé, touché, testé…
Et elle se rallume.
Je n'étais même pas en train de regarder le jeu — j'étais fasciné par le fait d'avoir réussi à la réparer. Ça m'a marqué profondément. J'avais compris qu'on pouvait comprendre les choses, les réparer, agir dessus. Que rien n'était inaccessible.
Et là, j'ai commencé à jouer. Pole Position, où j'étais pilote de course. Crystal Castles, avec ce petit ours dans un labyrinthe — une vraie aventure dans ma tête. Kangaroo, où je me battais, je défendais mon petit. Et Pigs in Space, avec l'univers du Muppet Show, complètement délirant.
👉 On peut réparer, comprendre, créer.
Les cadeaux du Japon
Mon parrain travaillait dans une banque internationale et faisait le tour du monde. Il ramenait toujours des choses qu'on ne voyait nulle part ici.
Un jour, il est revenu du Japon avec une petite machine. Une Game & Watch. Et dessus, un jeu qui s'appelait Fire. Un immeuble en flammes, des gens qui sautaient par les fenêtres, et moi, en bas, avec un brancard, à essayer de les rattraper pour les sauver.
C'était simple, très simple, mais dans ma tête, c'était intense. Je ne jouais pas — je sauvais des vies. Je pouvais passer des heures dessus. Je l'emmenais partout, et le matin, elle me servait même de réveil pour aller à l'école.
Et puis un autre cadeau, encore plus étonnant : une montre calculatrice noire, ramenée du Japon. Elle faisait calculatrice, mais surtout… chaque touche jouait une note de musique. On pouvait jouer des mélodies sur une montre.
Pour un gamin des années 80, c'était de la science-fiction au poignet.
Le Japon, c'était le futur. Et mon parrain me le ramenait en cadeau.
La magie du code
Quelques années plus tard, je ne voulais plus seulement jouer — je voulais comprendre et créer. Tout est parti d'un voisin qui avait un ZX81. Un ordinateur noir et blanc, sans son, avec un clavier très particulier. Ça m'a immédiatement fasciné.
Je suis rentré chez moi et j'ai demandé à ma mère si je pouvais en avoir un. Elle a refusé. Mais je lui ai dit quelque chose que je n'ai jamais oublié : « Un jour, j'aurai un ordinateur. »
Et ce jour est arrivé. Pour mon anniversaire, elle m'a offert un Atari 800XL. Là, j'étais aux anges. Ma mère, un peu moins — parce que l'ordinateur était branché sur la télévision du salon et que j'y passais des heures entières.
Je me suis mis à programmer en BASIC. Des lignes et des lignes de code. Mais au début, je n'avais pas de lecteur de cassette. Tout ce que je créais disparaissait dès que j'éteignais l'ordinateur. Aujourd'hui, ça paraît fou, mais à l'époque, c'était comme ça. Et malgré tout, je continuais.
Mais quand ça fonctionne… c'est magique.
Plus tard, j'ai eu un magnétophone à cassettes. Et là, j'ai enfin pu sauvegarder. Avec ces bruits électroniques, ces sons étranges, comme ceux des premiers modems. On lançait le chargement, on pouvait presque aller faire autre chose, et on revenait en espérant que ça ait marché. Et quand le programme se lançait enfin, c'était une petite victoire à chaque fois.
Partager, échanger, découvrir
Ensuite est arrivé mon premier job d'été. Et avec la paie, j'ai pu m'acheter mon Amstrad CPC 464. Une vraie révolution. J'avais mon propre écran, dans ma chambre. Mon espace à moi.
Les jeux étaient plus beaux, plus fluides. Et surtout, il y avait les copains. On échangeait des cassettes, on copiait des jeux. On voulait juste jouer et découvrir. C'était une autre époque.
Puis j'ai évolué vers l'Amstrad CPC 6128. Et avec lui… les disquettes. Plus rapide, plus pratique. Des disquettes 3 pouces qu'on pouvait retourner pour accéder à un autre jeu.
Et là encore, je programmais, je testais, je créais. J'avais même acheté une imprimante matricielle. Quand j'ai imprimé mon tout premier message, « Je t'aime maman », c'était un moment fort. C'était plus qu'un texte sur du papier — c'était quelque chose de tangible, de réel, que ma machine avait créé.
👉 Le jeu vidéo devient une culture.
Créer au lieu de jouer
Et puis un jour, ma mère m'a demandé de choisir : un magnétoscope ou un ordinateur. Je n'ai pas hésité une seule seconde. J'ai choisi un Amiga. Parce que pour moi, c'était la machine ultime.
Quand j'ai eu l'Amiga 500, ça a été une véritable claque. Les couleurs, le son stéréo, la fluidité des animations… rien à voir avec ce que j'avais connu jusque-là. Je passais des heures dessus. Des nuits entières. Je ne voyais plus le temps passer.
Et puis j'ai voulu aller encore plus loin. J'ai offert mon Amiga 500 à mon neveu, et je me suis acheté un Amiga 2000. Une machine incroyable, mais très chère. J'ai travaillé dur pour pouvoir me l'offrir. Et avec cette machine, j'avais même une carte qui me permettait de basculer entre l'environnement Amiga et le PC.
Là, je ne me contente plus de jouer. Je crée.
Je rejoins un groupe : QUARTZ. On fait des démos — ces petits programmes qui poussent la machine dans ses retranchements. Il y avait Diego Fernandez, Sylvain Keygnart, et le développeur François Mouret. On passait des week-ends entiers à créer ensemble. J'avais un caméscope et un système pour digitaliser des images. Il fallait utiliser des filtres rouge, vert, bleu, et surtout, ne pas bouger d'un millimètre. Sinon, tout était raté.
Mais c'est extraordinaire.
Le rêve devient réalité
Et puis un jour, ma vie a pris un tournant complètement inattendu. Je suis tombé sur une annonce : « Si vous aimez jouer, venez nous rejoindre. »
Je travaille chez Nintendo.
J'ai passé un entretien. Je me souviens encore de la salle, des cabines, des gens en train de jouer sur des Nintendo Entertainment System. Je me suis tourné vers le responsable et je lui ai demandé : « Mais… ils sont payés ? » Il a rigolé et m'a dit oui. Quelques jours plus tard, j'étais pris.
Pour moi, c'était irréel. Même si graphiquement, la NES était moins impressionnante que l'Amiga, les jeux étaient d'un autre niveau. Zelda, Mario… des heures et des heures d'émerveillement.
Et puis la Game Boy est arrivée. Avec Tetris. C'était le retour à la Game & Watch, mais en version évoluée. On pouvait jouer partout. La boucle était bouclée.
👉 Je deviens Mario.
Dans les magasins. Dans les salons. Je vois les étoiles dans les yeux des gens.
Et je me dis : "Je suis exactement là où je dois être."
📹 La preuve en images — moi en train de parler de Punch-Out !!
Les virages de la vie
La vie avance. La passion reste, mais le chemin bifurque.
Joystick & Joypad
Sur le Minitel, cet ancêtre d'Internet où tout semblait encore à inventer.
Ocean Software
Une belle aventure chez l'éditeur légendaire — celui qui a inspiré le nom de ce blog.
Canal+ Multimédia — Mister Teknik
L'histoire prend un tournant. Après avoir intégré Canal+, je deviens WEB-J sur canalplus.fr — un DJ du web, en quelque sorte.
Chaque matin, filmé en direct depuis le web-studio, je répondais aux questions techniques des internautes. Sous le nom de Ali, Mister Teknik, je parlais des nouvelles technologies pendant que le public interagissait en temps réel via son navigateur.
On était une dizaine de WEB-J : Julia Channel, Aircube, Lipfi, Jiji, Jean-Paul Chang, Joséphine… avec les Netmen, des caméramans mobiles qui couvraient les événements en direct sur le web avec des mini-caméras et des ordis portables connectés par satellite.
L'ancêtre des YouTubeurs et des streameurs. Avant Twitch, avant YouTube… il y avait canalplus.fr.
Puis les choix. Refuser de partir. Changer de voie.
Ordixpress
Créer ma propre société. Entreprendre, seul, avec tout à construire.
Systra
Une expérience marquante dans l'ingénierie.
Quitter Paris. Changer de pays. Recommencer.
Se réinventer
La Haute-Savoie, puis la Suisse
Je m'installe en Suisse. Pendant un temps, je m'éloigne de l'informatique. Je travaille dans des kiosques. Une pause. Mais pas une fin.
Fondation Les Perce-Neige
Puis arrive une opportunité inattendue. Je deviens éducateur.
Reprendre des études
Et aujourd'hui… je reprends des études. Moi. Reprendre des études. Je n'y aurais jamais cru.
🎮 Toujours joueur
Les années passent. Les consoles changent. La technologie évolue.
Mais moi…
Je joue toujours.
Parce que ce n'est pas juste un loisir.
👉 C'est une partie de moi.
Depuis toujours.
Et je sais que quelque part… tu comprends exactement ce que ça veut dire.
☺️